C.E.R.H.A.C.
Centre International Blaise Pascal


Séminaire sur les Pensées de Pascal


Fragment Sel. 75 (Liasse Vanité)

"Quand on lit trop vite ou quand on lit trop vite ou trop doucement on n'entend
   rien.
"

Cliché Pol Ernst

Fragments d'un feuillet France et Navarre sur P cœur H
    Sel. 25, Laf. 406, I
    Sel. 14, Laf. 395, I
    Sel. 75, Laf. 41, Vanité
    Sel. 76, Laf. 42, Vanité
    Sel. 156, Laf. 123, Contrariétés
    Sel. 521, Laf. 628, XXIV
    Sel. 191, Laf. 159,
Commencement
    Sel. 77, Laf. 43,Vanité
    Sel. 403, Laf. 371, Morale chrétienne
    Sel. 243, Laf. 210, Fausseté.


Cliché Pol Ernst

Les éléments de cette page ont été distribués dans des liasses préparatoires à l'Apologie très diverses.
Ce fragment ne figure pas dans l'édition de Port-Royal.

Etablissement du texte

Les éditions ne sont pas exactement conformes au texte original.
Le fragment est hétérogène. Il comporte une première partie, de la main de Pascal : Quand on lit trop vite ou, qui est suivie d'une seconde partie, d'une autre main : Quand on lit trop vite ou trop doucement on n'entend rien (seconde partie qui reprend donc les mots tracés par Pascal) L'édition Lafuma Luxembourg présente la première partie du fragment entre parenthèse et en italique, comme si elle était barrée. A noter que c'est aussi le cas du premier fragment , sur le feuillet reconstitué par P. Ernst, où la première phrase est de la main de Pascal, mais non la seconde.
On renvoie au fragment 601 qui est identique, à ceci près qu'il comporte un titre qui le relie au fragment sur les deux infinis : « 2 Infinis. Milieu. Quand on lit trop vite ou trop doucement on n'entend rien. » L'édition Le Guern ajoute ce titre 2 Infinis. Milieu au présent fragment, apparemment sans aucune justification.
On n'entend rien : le manuscrit porte on entend rien (ce qui à la lettre signifie qu'on entend quelque chose). En revanche, le fragment 601 donne le n'.
Sous le mot Rien, on voit le haut d'une lettre majuscule qui, si la reconstitution de Pol Ernst est exacte, devait avoir été écrite avant Sel. 76, mais dont la trace est perdue.
L'étude de ce fragment a suscité une reprise de la discussion sur le point de savoir si le texte a été dicté ou plutôt mis au net par un secrétaire. La reconstitution de Pol Ernst peut donner à penser qu'il s'agit de textes d'origines très différentes, réunis sur une même page pour être conservés.
Le dernier fragment de la page reconstituée montre qu'en tout cas, Pascal a effectué une révision générale, puisqu'on voit une correction de sa main au-dessus de la première ligne.

Fragments connexes

Voir Sel. 55, pour le thème du trop et trop peu.
Sel. 601. « 2 Infinis. Milieu. Quand on lit trop vite ou trop doucement on n'entend rien. » Intéressant car cela lie le fragment aux deux infinis.
Sel. 230, Laf. 199. « Bornés en tout genre, cet état qui tient le milieu entre deux extrêmes se trouve en toutes nos puissances. Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême, trop de bruit nous assourdit, trop de lumière éblouit, trop de distance et trop de proximité empêche la vue. Trop de longueur et trop de brièveté de discours l'obscurcit, trop de vérité nous étonne. J'en sais qui ne peuvent comprendre que qui de zéro ôte 4 reste zéro. Les premiers principes ont trop d'évidence pour nous ; trop de plaisir incommode, trop de consonances déplaisent dans la musique, et trop de bienfaits irritent. Nous voulons avoir de quoi surpasser la dette. Beneficia eo usque laeta sunt dum videntur exsolvi posse. Ubi multum antevenere pro gratia odium redditur. Nous ne sentons ni l'extrême chaud, ni l'extrême froid. Les qualités excessives nous sont ennemies et non pas sensibles, nous ne les sentons plus, nous les souffrons. Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêche l'esprit; trop et trop peu d'instruction. »
MONTAIGNE, Essais, III, 4, De la diversion, éd. Garnier, II, p. 258. « Peu de chose nous divertit et détourne ; car peu de chose nous tient. »
La référence à DU VAIR, La philosophie morale des stoïciens, éd. Michaux, p. 66-67, permet de saisir la portée anti-stoïcienne de ce fragment. Il est inconcevable, écrit Du Vair, que la Nature, qui proportionne les forces à la fin, ait fait dépendre celle de l’homme, et son bonheur, des choses qui ne dépendent pas de lui. A contrario, Pascal prouve la nécessité de la misère de l’homme en montrant que son bonheur dépend toujours d’autre chose.

Questions d'interprétation

Quand on lit : s'agit-il de la lecture vocalisée ou non ?

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